Le bois est bien « transparent » pour les hyperfréquences, j’en ai la preuve !
Imaginez la scène. Il est tard. Vous êtes chez vous, en chaussettes, vous levez pour aller chercher un verre d’eau. Vous passez près de votre porte d’entrée et… clic. La lumière du palier s’allume. Toute seule. Personne dans l’escalier. Juste vous, en pyjama, de l’autre côté d’une porte en bois.
Bienvenue dans mon appartement à Meylan.
Mon appartement me trahit
Le phénomène est répétable, reproductible, inexplicable. Le détecteur de mouvement du palier réagit à ma présence à l’intérieur de mon propre appartement.
Non seulement c’est inutile — le palier est vide — mais c’est une consommation d’électricité gratuite offerte à la copropriété, à chaque fois que je me lève la nuit.
Et ça, ça m’énerve.
Suspect n°1 : le judas
Première théorie, implacable : le judas. Ce petit œil de verre laisse passer la lumière, donc pourquoi pas les infrarouges ? J’y colle du ruban adhésif bien opaque. Résultat : strictement rien ne change. La lumière continue de s’allumer. Humiliation.
Suspect n°2 : les ultra-sons ninjas
Deuxième théorie, encore plus créative : des ultrasons qui se glissent sous la porte comme des agents secrets en mission. Un sonar rampant. À ce stade, je commence à m’inquiéter pour moi-même.
La voisine providentielle
Le week-end dernier, je croise notre représentante syndicale. Je lui expose mes aventures paranormales. Elle m’apprend que plusieurs résidents de l’immeuble avaient fait la même observation — lumière qui s’allume sans raison, facture collective qui grimpe.
Mieux encore : elle avait conservé la notice des luminaires…
Un document ! De la vraie information ! L’enquête peut enfin avancer.

La révélation : un micro-radar dans le couloir
Les détecteurs ne sont pas infrarouges. Ce sont des capteurs hyperfréquences, technologie similaire aux radars anticollision d’automobiles. Ils émettent des ondes radio qui traversent allègrement le bois, le plâtre, le verre… et la porte de mon appartement.
Voilà pourquoi le judas bouché ne changeait rien. Voilà pourquoi les ultrasons ninjas étaient une fausse piste. L’onde passait à travers la porte entière.
La notice précise, avec une désinvolture magnifique, que la puissance émise ne représente qu’un millième de celle d’un téléphone portable ou d’un micro-ondes.
Permettez-moi de m’arrêter là.
Un téléphone portable aussi puissant qu’un micro-ondes ? Si c’était le cas, réchauffer son café en posant simplement son iPhone dessus serait une révolution culinaire. Qui a rédigé ça ? Ce qu’ils voulaient probablement écrire, c’est que les fuites d’un micro-ondes sont comparables au rayonnement d’un téléphone. Nuance fondamentale — et rédaction à revoir.
Les technologies de détection de mouvement – petit guide
Infrarouge passif (PIR)
Détecte la chaleur corporelle émise par un être vivant. Nécessite une ligne de vue directe. Ne traverse pas les murs ni les portes. C’est le capteur classique des lampes de jardin et des alarmes maison.Ultrasons
Émet des ondes sonores haute fréquence et mesure leur écho par effet Doppler. Fonctionne bien en intérieur, sensible aux courants d’air. Portée limitée, ne traverse pas les cloisons solides.Micro-ondes / Hyperfréquences
Émet des ondes radio (typiquement 5,8 GHz ou 24 GHz). Détecte le mouvement par effet Doppler. Traverse les matériaux non métalliques : bois, verre, plâtre. Très fiable, insensible aux variations de température. Inconvénient majeur : la portée peut largement dépasser la zone souhaitée – et ça, personne ne vous le dit à l’installation.Double technologie PIR + Micro-ondes
Combinaison des deux pour réduire les fausses alertes : le déclenchement n’a lieu que si les deux capteurs sont activés simultanément. Plus précis, souvent utilisé en sécurité professionnelle.
Le CEMPROTEC 34 tranche le débat
Évidemment, je ne pouvais pas en rester là. J’ai sorti mon CEMPROTEC 34 et je l’ai approché du détecteur côté palier. À 30 cm : rouge. Rayonnement hyperfréquence bien présent et mesurable.
La bonne nouvelle : le signal décroît rapidement avec la distance, conformément à la loi du carré inverse. Mais la question reste entière : pourquoi irradier les appartements pour détecter du mouvement dans un escalier ? Le cône d’émission du radar déborde largement de la zone utile, traverse les cloisons, entre dans les logements, et déclenche l’éclairage sur des fantômes en pyjama.
La solution envisagée : les œillères
Ma prochaine étape : poser un écran réflecteur — des « œillères » métalliques — autour du capteur pour contraindre son cône d’émission à rester dans l’escalier, sans déborder vers les appartements. Une solution simple, peu coûteuse, et qui préserve la fonction utile du système.
Je vous tiens au courant.
La morale
On cherche des hyperfréquences dans les téléphones, les box Wi-Fi, les micro-ondes. On oublie de lever les yeux vers le plafond du couloir. Les sources insoupçonnées sont parfois juste derrière votre porte. Littéralement.
