De nouvelles lignes THT (Très Haute Tension) vont arriver en France.
On les justifie souvent par les véhicules électriques, mais ce n’est qu’une partie de l’histoire. Les data centers, les usines, l’hydrogène, le solaire, l’éolien et le renouvellement du réseau comptent aussi, parfois beaucoup plus.
Le projet de ligne 400 kV en Camargue, entre Jonquières-Saint-Vincent et Fos-sur-Mer, en est un bon exemple : l’enquête publique se tiendra du 9 novembre au 11 décembre 2026.
Si une telle ligne est prévue près de chez vous, ne vous dites pas simplement : « Ce ne sont que des pylônes »
Le vrai sujet, c’est ce que cela va changer dans votre quotidien, dans votre maison, pour vos enfants et pour la valeur de votre bien.
Pourquoi ces nouvelles lignes ?
Les voitures électriques vont effectivement consommer plus d’électricité. Mais elles ne sont pas la seule raison de ces nouveaux projets. RTE doit aussi raccorder de gros consommateurs, notamment des data centers : cinq projets majeurs, représentant entre 700 et 2 000 MW, bénéficient déjà d’une procédure de raccordement accélérée.
Ajoutez à cela les industries qui s’électrifient, les projets d’hydrogène, les parcs solaires et éoliens, ainsi qu’un réseau vieillissant.
Résultat : il faut transporter plus d’électricité, plus loin, plus efficacement. C’est pour cela que les grandes lignes 400 kV reviennent sur le devant de la scène.
Camargue : un exemple très concret
En Camargue, le projet de ligne THT est présenté comme nécessaire pour sécuriser l’alimentation électrique et accompagner la réindustrialisation du secteur Fos-Berre. Les opposants, eux, parlent d’un passage en force et redoutent l’impact sur un territoire naturel déjà fragile.
Les deux choses peuvent être vraies en même temps : un projet peut être jugé utile à l’échelle du pays, tout en étant très pénalisant pour les personnes qui vivront juste à côté.
Et pour un riverain, la question n’est pas abstraite : elle concerne sa maison, son jardin, ses enfants et son investissement immobilier.
Le point important : électrique ou magnétique ?
Beaucoup de gens confondent champ électrique et champ magnétique. Pourtant, ce n’est pas du tout la même chose.
Le champ électrique peut souvent être réduit dans une maison. Avec de bons matériaux conducteurs et une mise à la terre correcte, on peut parfois atténuer son effet, même si une ligne passe au-dessus du toit.
Le champ magnétique, lui, est beaucoup plus difficile à bloquer. Il traverse les murs, le toit, les fenêtres et la plupart des protections domestiques. Pour le réduire, il n’y a pas de solution miracle : il faut surtout prendre de la distance.
C’est pour cela qu’une ligne THT proche n’est pas un détail.
Vous pouvez changer une décoration, isoler une pièce ou installer un blindage. Vous ne pouvez pas facilement supprimer (ou simplement réduire) un champ magnétique présent autour de votre maison.
Rappel des distances de sécurité autour d’une ligne électrique : Construire à proximité d’une ligne HT ? Autorisé oui, judicieux non…
Pourquoi les enfants sont au cœur du sujet ?
Avec des enfants, la prudence prend encore plus de sens. Ils grandissent, passent beaucoup de temps à la maison et seront exposés pendant des années, voire des décennies. Ce n’est pas une raison pour affoler tout le monde, mais c’est une raison très sérieuse pour ne pas ignorer le sujet.
Une étude italienne de 2024 portant sur les transformateurs électriques, a observé chez les enfants de 5 ans et plus vivant à moins de 25 m un risque de leucémie multiplié par 1,7. (relire l’article de blog : Transformateur électrique : quel risque pour la santé ?)
Cette étude ne prouve pas que le transformateur cause la maladie, et elle a des limites. Mais elle montre pourquoi il vaut mieux appliquer le principe de précaution plutôt que de tout minimiser.
Et attention à une idée reçue : « la ligne sera à plus de 25 m, donc aucun problème » n’est pas une réponse suffisante… même si c’est une affirmation de votre notaire.
Une ligne 400 kV n’est pas un petit transformateur de quartier. Sa puissance, la hauteur des câbles, la quantité d’électricité transportée et la position exacte des pylônes peuvent changer beaucoup l’exposition réelle.
Ce que cela peut changer pour votre maison
Une ligne THT proche, ce n’est pas seulement une vue moins jolie. Cela peut aussi vouloir dire :
- un champ magnétique difficile à réduire chez vous ;
- une incertitude sanitaire à long terme, surtout avec des enfants ;
- des contraintes pour agrandir, construire ou aménager ;
- une maison moins attractive à la revente ;
- une valeur immobilière probablement plus faible ;
- des acheteurs potentiels qui refusent simplement le bien, même sans être sensibles aux ondes.
Autrement dit, le préjudice n’est pas seulement esthétique. Il est aussi pratique, financier et familial.
Faut-il déménager ?
Si vous avez des enfants et qu’une future ligne THT doit passer très près de votre maison, oui, il faut sérieusement envisager de déménager.
Ce n’est pas de la panique. C’est une décision de précaution. Vous ne saurez peut-être jamais avec certitude quel sera le champ magnétique final chez vous, et une fois les travaux réalisés, il sera trop tard pour revenir en arrière.
Avant de prendre une décision, faites au minimum ces trois vérifications :
- Demandez le tracé exact : où passeront les pylônes, à quelle distance de la maison, du jardin et des chambres ?
- Faites mesurer le champ électrique et le champ magnétique dans les pièces où vous vivez et dormez. Idéalement, demandez une mesure de champ magnétique sur au moins 24h, idéalement une semaine, car son intensité varie en fonction de la « charge » (consommation) de la ligne
- Observez le marché immobilier local : comparez ce que valent réellement les maisons proches d’une ligne THT et celles qui n’y sont pas exposées.
À retenir
Les nouvelles lignes THT ne sont pas une simple affaire de paysage. Elles répondent à une vraie transformation du réseau électrique : véhicules électriques, data centers, industrie, renouvelables et réseau à moderniser.
Mais si l’une d’elles doit passer près de chez vous, vous avez le droit de vous poser des questions.
Le champ électrique peut parfois se traiter. Le champ magnétique, lui, se gère surtout par la distance.
Et lorsque des enfants sont concernés, la prudence n’est pas de l’alarmisme : c’est simplement du bon sens